Laura Laufer est l'auteur du livre Jacques Tati ou le temps des loisirs, publié aux Editions de l'If.

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Laura









Je connais une enfance heureuse à Paris entre un père cinéphile et amateur d’art et un grand père collectionneur. Mon adolescence est perturbée, dès mes treize ans, par leur disparition brutale et celle de mon cousin germain, Patrick qui a grandi avec moi et qui meurt à l’âge de dix –huit ans.
Ma mère m’enlève du lycée Lamartine, où j’avais retrouvé mon amie d’enfance Josiane Balasko, et m’envoie en internat, d’abord durant deux ans au Lycée Barthélémy Durand à Etampes, puis durant trois ans au lycée Thibaud de Champagne à Provins. Dans ce dernier établissement, j’anime le ciné-club du lycée avec mon professeur d’anglais.

Entre mes 15 ans et mes 19 ans, ma mère me place abusivement, durant presque chaque longue période de vacances dans différents établissements psychiatriques. Je sors très éprouvée de ces multiples enfermements d’autant que la camisole chimique administrée par certains psychiatres est lourde : je ne possède plus un centimètre de peau sur les bras dont les veines n’aient éclaté sous l’effet des perfusions. Un psychiatre de Saujon s’acharne à me faire piquer les veines des pieds et des mollets quand les veines des membres supérieurs claquent. Couverte d’hématomes, mon corps prend la couleur des arcs- en -ciel. Le docteur Demours propose qu’on m’administre un traitement d’électro - chocs -qui ne me sera finalement pas fait-. Je dois cette échappée belle, à l’ami de ma mère qui lui déconseille alors d’en signer l’autorisation, mais avec le glucose contenu dans les solutés de perfusion, je prendrai plus de vingt kilos.

La fin du cauchemar viendra du Docteur Elisabeth Ozouf, psychiatre de la Clinique Jeanne d’Arc à Saint Mandé, qui considère que je n’ai pas ma place dans des établissements psychiatriques.
Elisabeth Ozouf convaincra ma mère de m’émanciper, ce qui sera fait par acte légal, avant ma majorité. Cette émancipation mettra un point final à mon voyage en terre des "Fous". J’écris ce mot avec tendresse pour tous ceux rencontrés en ces circonstances : les trisomiques avec lesquels je passais mes journées pour fuir l’ergothérapie, -au fait qui à tiré profit des dessous de plat en osier que nous fabriquions ??? - aux délirants mystiques, ceux qui se prenaient pour Dieu ou ceux qui le conchiaient !
Lorsque, plus tard, au début des années 1990, je décide d’entamer des poursuites pour internement abusif, mon avocat - Maître Stéphane Maugendre - m’en dissuade car les faits seront bientôt prescrits et ma mère, responsable de ces enfermements, a disparu depuis près de dix ans.

Au printemps 1969, mon émancipation acquise, j’interromps le lycée avant l’échéance du baccalauréat et je demeure, quelques mois à Provins.

Je joue le rôle d’une comtesse russe dans un court spectacle improvisé et mis en scène par le comédien Marc Spilberg, alors sous les drapeaux. Ce spectacle est représenté aux Armées pour les soldats du régiment de Hussards de Sourdun.

Je tiens ensuite le rôle de Madame Argante dans Les Fausses confidences de Marivaux qui se jouera au théâtre municipal de Provins.

En 1969, je pars travailler un mois au kibboutz Bror Hayil situé à quelques kilomètres de Gaza. Ensuite, je parcours Israël avec un ami de rencontre et je découvre l’action coloniale et criminelle de l’armée israélienne dans les territoires nouvellement occupés.

Rentrée à Paris en septembre, j’occupe différents emplois : serveuse, modèle pour peintre, puis pour photos "spéciales". Je fréquente assidument la Cinémathèque Française et je suis, durant deux ans, les cours de théâtre de Tania Balachova et de Raymond Rouleau où enseignent aussi Jean-Marie Serreau, Claude Régy, Jean-Pierre Darras, Michel Lonsdale. J’y rencontre Zouc dont je deviens alors une amie, puis je tente de rentrer au Théâtre du Soleil sur les conseils de Rosine Rochette qui joue alors dans la troupe d’Ariane Mnouchkine. Je n’y jouerai que dans un spectacle éphémère d’hommage à Hollywood sur une idée et sous la direction de Jean - Claude Penchenat. Ariane Mnouchkine assiste à ce spectacle représenté dans ses locaux de la Cartoucherie de Vincennes. Et si elle me félicite de mes qualités pour la comédie musicale ... pour autant, je resterai à la porte du Soleil et n’y rentrerai pas.
Je revois mon amie d’enfance Josiane Balasko. A peine adolescentes, ensemble nous inventions et jouions des récits nourris de la lecture d’Alexandre Dumas : Josiane se mettait à l’illustration -elle est douée en dessin - et moi au texte. Là, Josiane vient me voir car elle a loupé le concours des Arts déco et désire venir avec moi. Je lui propose de rentrer au cours de Tania Balachova ...et vous connaissez la suite !
Quant à moi, le théâtre ne me nourrissant pas, je commence à gagner ma vie comme vendeuse, emploi que j’ espère provisoire mais qui, peu à peu, occupera presque douze ans de ma vie, après l’abandon du théâtre.

Devenue militante syndicale, je continue, malgré tout, d’approfondir ma démarche cinéphile. J’écris mon premier article, trente mille signes dans les Cahiers du féminisme, sur la place des femmes dans l’œuvre de Kenji Mizoguchi, "Des femmes dont Mizoguchi parle". Le titre de mon article rend hommage à son superbe film de 1954, Une femme dont on parle- Uwasa no onna.
De 1983 à 1997, je réalise des émissions sur le cinéma dans des radios libres ( radio Aligre, radio Libertaire, Fréquence Paris Plurielle...).
En 1981, pour donner suite à plusieurs articles publiés et à l’animation de deux conférences ( Le simultanéisme, Blaise Cendrars- Sonia Delaunay- Abel Gance ; Les femmes dans le cinéma de Mizoguchi) des enseignants de l’université de Paris VIII où je viens de m’inscrire dont Jean-Claude Moineau, Denis Lévy, Gérard Leblanc me proposent de devenir chargée de cours en cinéma...Je n’ai pourtant pas de diplôme !
En 1981-1982, j’anime le ciné-club de l’Université Paris VIII en coordination avec les axes pédagogiques.
J’inaugure ce ciné-club avec deux films surprises, alors invisibles depuis plusieurs années autant à la Cinémathèque française, qu’en salles ou en VHS, et après lesquels toute la cinéphilie française court ...Je montre, à la surprise de tous, en copies 16 mm Vertigo et Fenêtre sur cour ...

Ma mère avec qui j’ai rompu depuis des années est atteinte de la maladie de Kahler. C’est une maladie incurable et qui provoque des douleurs terribles.

J’interromps toute étude et tente de me rapprocher d’elle : mission presque impossible. La rupture affective est profonde. Ma mère reconnaît s’être fort peu occupée de moi et déclare qu’elle ne veut pas que je l’approche. J’assiste impuissante à son affrontement stoïque d’une maladie redoutable : elle va casser en morceaux sur plus de trois années : les os longs dans un premier temps (tibia, fémur, clavicule...) , le reste du squelette ensuite. Aux fractures osseuses spontanées, s’ajoute l’insuffisance rénale... Devant le processus de la maladie, ma mère, qui adore la vie, tente un suicide, mais se rate. Avec le chef du service hospitalier qui la suit, nous étions très vite tombés d’accord sur le principe de l’euthanasie quand les souffrances deviendraient invivables. Donc acte.

J’ai trente ans et toute ma famille a disparu.

Par la suite, j’enseigne quatre ans en lycée pour les options cinéma, puis durant dix sept années à l’université de Bordeaux III.

Entre 1967 et 1971, j’ai écrit
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un court roman, L’engrenage et du théâtre : L’attente (drame avec chœur), Amélie ou les malheurs de la petite reine (comédie satirique).

En 2002
Jacques Tati, le temps des loisirs (essai)

1969 à 1971, j’ai joué
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un spectacle aux armées - à Sourdun, mise en scène Marc Spilberg./
Les fausses confidences de Marivaux, mise en scène Picard. Théâtre municipal de Provins./
Les précieuses ridicules de Molière avec l’aide et les conseils de Jean - Pierre Darras./
Avant le petit déjeuner d’Eugène O’ Neil. (Madame Rowland) /
Un spectacle éphémère d’hommage à Hollywood, Cartoucherie de Vincennes, sous la direction de Jean - Claude Penchenat : Audition chez Ziegfeld(une girl, Laura Laufer). Duo dansé : Mae West (Laura Laufer) - Groucho Marx (Jean - Claude Penchenat).

J’ai dit sur scène, en cave ou en cabaret
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Lorca : La poule, Poète à New York (extraits). Artaud : Trois lettres à Jacques Rivière, Fragments d’un journal d’Enfer. Desnos : Pénalités de l’Enfer - Nouvelles Hébrides (extraits), Jack L’ éventreur. Cendrars : La prose du Transsibérien, Les Pâques à New York