Laura Laufer est l'auteur du livre Jacques Tati ou le temps des loisirs, publié aux Editions de l'If.

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Pour un cinéma sans frontières









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appel à la désobéissance.P. Ferran - A. Despleschin -
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Appel à la désobéissance cinéastes 2
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appel désobéissance -3-fin B.Tavernier
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Laissez- les grandir ici-lancement RESF et Cinéastes
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Laissez les grandir ici-suite -extraits

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SOMMAIRE
- 1997 : des cinéastes appellent à la « Désobéissance civile » aux lois Debré. En 2007, ils réalisent le film Laissez les grandir ici... Ecoutez Pascale Ferran, Arnaud Desplechin- Bertrand Tavernier et d’autres cinéastes que j’ai enregistrés . Leur appel n’a pas perdu de son actualité avec les procès récents, à Nice, d’habitants de la Vallée de la Roya pour "délit de solidarité" avec les migrants et les réfugiés

— "Pour un cinéma sans frontière " par Laura Laufer - Le Monde a publié le 2 avril 1997 ce texte que j’ai écrit en réponse à Eric Raoult dénonçant les cinéastes montreuillois soutenant les sans-papiers.

- Texte d’un entretien avec Josiane Balasko à propos de son soutien à la lutte des sans- papiers de Cachan.
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Contre la bête immonde, pour un cinéma sans frontières

par Laura Laufer, Le Monde, 2 avril 1997.

Je vous écris d’un pays qui n’a pas de frontières : l’amour du cinéma. C’est un beau pays. Peu avant ma naissance, ma mère avait vu Laura, film d’Otto Preminger. Level Five de Chris Marker, la rappelle à votre mémoire. Ma mère désirait m’appeler Laura, mais l’état civil du XIXe arrondissement de Paris refusa. Ce prénom, alors, n’était pas français. Il était étranger en France. Le monde change. La roue tourne. Aujourd’hui, Laura est un prénom français, mais aussi de tous les pays. L’administration aime les étiquettes, l’arbitraire et, plus inquiétant, le fichage. Il en est des hommes comme des films : leur valeur est universelle. Leur différence ne saurait leur retirer le désir d’être égaux en droits.

J’aime cette idée de films et d’hommes sans frontière ni visa, qui vont là où leur seule valeur les conduit et je ne parle pas ici de leur valeur marchande. Je songe à Viridiana le plus beau des films apatrides. Espagnol d’origine, destitué de sa nationalité par Franco, il appartient aujourd’hui au patrimoine cinématographique mondial pour toujours…

Hier, Hollywood sacrait Juliette Binoche reine. Certes, « lumineuse, intelligente, sans fard », au jeu « frais, simple d’une sincérité et d’une franchise sans artifice ». Mais je veux parler ici d’un autre film qui fera date par sa démarche unique, innovante : «  Nous, sans papiers de France ». Belle preuve filmique d’engagement et d’action. Les cinéastes qui le signent ouvrent le champ des possibles contre des lois élaborées pour exclure et enfreindre la liberté de circuler.

Le devoir de la critique de films est de reconnaître cet événement dans ce qu’est le cinéma aujourd’hui. Le film émeut par ce choix du plan-séquence, yeux dans les yeux, qui nous interpelle. Osons dire ici de Madgigène Cissé ce qui fut dit de Juliette Binoche : « Lumineuse, intelligente, sans fard, (...) simple d’une sincérité et d’une franchise sans artifice ».

L’an dernier disparaissaitMarguerite Duras. J’associe ce que dit Madgigène à ce que dit Duras dans son film Les Mains négatives. Toutes deux nous parlent d’une même voix. Les avez-vous vues, ces Mains négatives, si belles ? Ce sont celles de ces balayeurs du monde du silence, qui, dès l’aube, soulèvent des nuages de poussière, nettoient nos rues. Ces travailleurs africains sont cette « donnée coloniale de l’humanité » qui fait, à l’heure où les rues sont encore désertées, la France propre. Dès que le jour se lève et que les rues s’animent, ils redeviennent invisibles. La lutte au grand jour des sans-papiers fait surgir « cette humanité-là qui peuple les grandes cités de l’Occident le matin ».

« Toi qui es nommé, qui es doué d’identité, je t’aime. (...) . « Il faut vaincre la peur », disait Duras.

La bête immonde, endormie dans un ventre toujours fécond, est réveillée depuis que les hommes perdent tout repère. Angoisse du chômage et de la pauvreté. Le racisme, ce fantasme qui agite les spectres de l’obscur et de l’irrationnel, les ministres de l’intérieur (Pasqua, Debré) ont permis à ses têtes d’hydre de repousser. Familles éclatées, centres de rétention, charters. Aujourd’hui, les têtes de l’hydre prolifèrent et les lois que vous érigez sont les enfants de ses entrailles.

Les cinéastes l’ont bien vu, eux, dont l’art a pour unique grand sujet l’Invisible. Le racisme opacifie. Sachons reconnaître, nous qui aimons les films, ce que le cinéma français doit aux étrangers qui l’ont
« luminé », comme dirait Henri Alekan. Sans Boris Kaufman, Rudolf Maté, Eugen Schufftan, Nestor Almendros, pas d’Atalante, de Passion de Jeannne d’Arc, d’ Yeux sans visage ou de Marquise d’O.

« Poètes, vos papiers ! » Les avez-vous demandés à Carl Théodor Dreyer, ce Danois, pour La Passion de Jeanne d’Arc, à Fritz Lang, ce Juif allemand, pour Liliom ?

Le voyage des migrants n’est plus un Voyage surprise. Au temps de Vichy et des nazis, Joseph Kosma écrivait ses musiques sous le nom de Georges Mouque et Alexandre Trauner dessinait, caché, de merveilleux décors. Tous deux étaient «  clandestins ».

De nos jours, voit qui veut bien voir : à Montreuil, cité de Méliès et d’Emile Reynaud, vivent entre autres Robert Guédiguian, Idrissa Ouédraogo, René Vautier. Les cinéastes connaissent la banlieue, monsieur Raoult. Oui, L’Amour existe nous disait Maurice Pialat sur la banlieue.

« L’environnement qui m’a fait ce que je suis, c’est le cinéma. Je suis un citoyen du cinématographe. La nation est l’invention de la Révolution française. (...) De longues années s’écouleront avant qu’un menuisier italien cesse de se considérer comme un citoyen italien et proclame : je suis un citoyen de la menuiserie (...) », écrivait Jean Renoir.

Ce qui compte ici, c’est le travail et le lieu où il s’accomplit.
A l’heure de la mondialisation, soyons renoiriens ou rien.-

- ©Laura Laufer-

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ARCHIVE 1997

 :

« L’appel des 66 cinéastes »

« Nous sommes coupables, chacun d’entre nous, d’avoir hébergé récemment - ; pour des raisons personnelles ou professionnelles - des étrangers en situation irrégulière. Nous n’avons pas dénoncé nos amis étrangers. Et nous continuerons à héberger, à ne pas dénoncer, à sympathiser et à travailler sans vérifier les papiers de nos collègues et amis.Suite au jugement rendu le 4 février 1997 à l’encontre de Mme Jacqueline Deltombe, « coupable » d’avoir hébergé un ami Zaïrois en situation irrégulière, - et partant du principe que la loi est la même pour tous - nous demandons à être mis en examen et jugés nous aussi.
Enfin, nous appelons nos concitoyens à désobéir et à ne pas se soumettre à des lois inhumaines.
Nous refusons que nos libertés se voient ainsi restreintes. »


Les Sans-Papiers parlent
envoyé par laissezlesgrandirici. - L’actualité du moment en vidéo.

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2007 Laissez nous grandir ici !

.
Film signé collectivement par 307 cinéastes et réalisé en soutien à RESF (Réseau Education sans Frontière ):16 enfants, filmés en gros plan, lisent le texte qu’ils ont écrit : «  Laissez-nous grandir ici ! ».

En un an, ce petit film a été vu par plusieurs centaines de milliers de personnes, en salle et sur internet ; le texte des enfants a été soussigné par près de 110.000 personnes et gagné une audience internationale grâce aux 15 versions sous-titrées.

- Entretien avec Josiane BALASKO.

Laura Laufer :
Josiane, peut-on parler de ton engagement auprès des sans-papiers ?

Josiane Balasko – :
Cela remonte à avant l’élection présidentielle. Quand il était ministre de l’Intérieur, Sarkozy a fait une description de l’immigré clandestin en le criminalisant, en le présentant comme un parasite de notre société, venu profiter des acquis de notre système. Ce qui m’avait choquée, à l’époque, c’est que finalement personne n’avait répondu, personne de l’opposition « officielle », c’est-à-dire du Parti socialiste, alors qu’il aurait réagi si cela avait été Le Pen qui s’était exprimé ainsi.

J’ai été amenée à réagir, à parler, alors que je ne suis pas du tout préparée : je ne suis pas quelqu’un qui fait de la politique au départ, mais on est bien obligé d’en faire sans le savoir, c’est comme Monsieur Jourdain…

On m’a demandé de passer à Cachan comme témoin. Il s’est trouvé que les circonstances m’ont orientée dans une direction, même si je n’y avais pas pensé par moi-même, même si je suis solidaire. À Cachan, il y avait beaucoup de gens, de personnalités, venus apporter leur soutien quand la mairie a donné ce gymnase aux 250 personnes. Comme j’étais, disons, la plus « médiatique », les radios et les télés se sont adressées à moi. Du coup, quand je suis passée au journal de France 2, j’ai vraiment préparé ce que j’allais dire.

Ils s’attendaient plutôt à l’actrice au geste humanitaire, qui vient défendre une cause humanitaire, alors que j’ai tenu un discours « politique », en parlant d’une réalitépassée au journal de France 2, j’ai vraiment préparé ce qu, et cela a surpris.

Si Cachan s’est bien terminé pour la plupart des gens, cela continue pour tous les autres. En groupe, on est plus fort ; ceux qui travaillent dans la restauration ont plus de chance d’être entendus en se regroupant. La CGT s’y intéresse, formidable ! Là, on a affaire à des travailleurs. Pour les familles, c’est pareil, la majorité est installée en France depuis longtemps, mais il faut dire que la plupart des immigrés sur notre sol sont des travailleurs. Même ceux qui ont des fiches de paie et payent des impôts ne touchent ni la Sécu, ni leur retraite. Le nombre de salariés sans papiers est plus grand qu’on ne le dit.

Cette histoire de chiffres qu’il faut absolument atteindre en renvoyant les gens chez eux, cela ne va pas, car des pans entiers de l’économie ne reposent que sur leur travail. Heureusement qu’il y a la CGT et des associations qui font un boulot remarquable, comme le Réseau éducation sans frontières (RESF), la Cimade ou le Gisti. ■
propos recueillis par Laura Laufer


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