Laura Laufer est l'auteur du livre Jacques Tati ou le temps des loisirs, publié aux Editions de l'If.

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L’ami Jean - Claude Biette à la Cinémathèque Française : six entretiens avec Jean -Claude Biette





La Cinémathèque française rend hommage en juin à Jean-Claude Biette qui fut cinéaste, essayiste et critique. http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/fiche-cycle/jean-claude-biette,522.html





La Cinémathèque française rend hommage en ce mois de juin à Jean-Caude Biette cinéaste, essayiste et critique.
http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/fiche-cycle/jean-claude-biette,522.html
Je suis heureuse de pouvoir vous faire entendre Jean - Claude à travers 5 de mes rencontres avec lui. Sa disparition, comme celle du jeune Fabrice Barbaro qui m’accompagnait ici dans notre première rencontre, furent pour moi un double choc douloureux. Jean - Claude Guiguet dont je parle ici plus loin et que j’avais eu le bonheur de rencontrer pour un film magnifique, Le mirage, a lui aussi disparu.

Vous pouvez aussi écouter Jean-Claude Biette en compagnie de Serge Daney nous parler du premier numéro de Trafic (durée 70minutes) :http://www.lauralaufer.com/spip/spip.php?article71

À lire,
Jean-Claude Biette, le sens du paradoxe de Pierre Léon - Capricci.fr La première collection‎ 18,00 € -
http://www.capricci.fr/jean-claude-biette-sens-paradoxe-243.html -

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L’ami Jean - Claude Biette, un oiseau rare.

Ma première première rencontre avec Jean-Claude eut lieu en deuxième partie d’une émission de radio que j’avais consacrée, trop brièvement, au livre Poétique des auteurs qui venait d’être publié aux éditions des Cahiers du cinéma. Vous pouvez l’entendre sur cette page. C’est là que je fis sa connaissance. Cette première fois fut suivie d’autres rencontres au fil des films que nous aimions tous deux et qui nous rapprochèrent.

Voici comment cela se passait souvent : le désir, ce hasard objectif nous poussait à aller au cinéma et si nous nous y rencontrions, immanquablement, ou presque, nous nous retrouvions à la sortie et parlions du film que nous venions de voir. Jean-Claude avait gardé intacte la faculté de s’émouvoir et de découvrir dans chacun des films qu’il avait aimé une singularité poétique. Lorsqu’il s’agissait de films de Fritz Lang, d’Otto Preminger, de Frank Borzage, de John Ford, de Raoul Walsh, il avait souvent déjà vu le film, mais il voyait aussi bien les films du temps présent, ceux de Kiarostami ou de Monteiro. L’émotion de la redécouverte l’avait conduit à tenir cette rubrique de Libération devenue célèbre par l’originalité de l’éclairage porté sur les films. L’important était que la teneur en cinéma du film soit riche.

Parfois Jean - Claude me téléphonait et c’était pour me parler de Trafic. Il voulait me persuader d’y écrire ce que j’ai finalement fait à trois reprises. Il me donnait rendez vous dans un café entre la rue de Belleville et République, dans ce quartier proche de l’immeuble qu’il habitait et où vivait aussi, mais pas au même étage, Jean –Claude Guiguet un cinéaste ami et de « même famille »cinématographique. Oui, il existe une famille de cinéma qui est la leur et qui rassemble Paul Vecchiali, Gérard Frot-Coutaz, Jacques Davila, Marie-Claude Treilhou, Jacques Nolot.

Jean Claude était fidèle à des acteurs Howard Vernon, Jeanne Balibar, Jean Christophe Bouvet. D’ailleurs la fidélité pour ses amis me semblait sans faille, à commencer par ses amis des années italiennes, lorsqu’il refusa de partir à l’armée dans les années soixante. Ceux - là étaient partie indissoluble de sa vie : Pasolini d’abord mais aussi Bertolucci, Laura Betti et les Straub qui vivaient là - bas.

Jean - Claude était discret, modeste et sa passion pour le cinéma, comme celle éprouvée pour la musique, le menait à découvrir, approfondir, clarifier. Il possédait un humour moqueur très personnel et qu’on retrouve souvent dans ses films et parfois dans leur titre lequel se joue des mots. Ainsi Saltimbank qui nous parle d’une banque et du spectacle ou La sœur du cadre, titre ô combien savoureux !

J’ai trouvé en Jean Claude une écoute qui ne renonçait jamais à l’éthique de ses propres exigences. Sa faculté d’étonnement, je dirai même d’émerveillement lui venait d’abord de son amour sincère et profond du réel. Jean - Claude était mu par un esprit de grande curiosité mais en cherchant, je crois qu’il il savait très précisément où il voulait en venir. Le titre de l’émission qu’il animait sur France Musique lui convient à merveille : Jean - Claude Biette était un oiseau rare.

Laura