Laura Laufer est l'auteur du livre Jacques Tati ou le temps des loisirs, publié aux Editions de l'If.

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création graphique © atelier du nomansland
Jour de fête. Ecoutez des témoins du tournage en 1947. Des habitants racontent : Jacques Tati, durant la guerre, réfugié au Marembert

Jacques Tati








Carlotta propose dès aujourd’hui, sur les écrans, une version restaurée de Jour de fête de Jacques Tati dansÉ sa version originale en noir et blanc, montée par Marcel Moreau sous la direction du cinéaste en 1949.

Pour cette occasion, je vous propose d’écouter quelques extraits de mes entretiens avec les habitants de Sainte- Sévère et du hameau Le Marembert, acteurs et témoins du tournage en 1949. Le hameau du Marembert est voisin de Sainte - Sévère et Tati y séjourna une partie de la guerre. Ces entretiens forment une mémoire populaire de l’histoire de Jour de Fête.

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© Laura Laufer. Encore le chapeau !

Courant septembre, à mon retour, je mettrai en ligne 90 minutes de "nouveaux" témoignages inédits choisis dans cette mémoire populaire du film.

Du Marembert, vous pouvez d’ores et déjà entendre deux extraits de témoignages sur cette page.
- Gérard Vilatte dont la mère, Madame Vilatte, ouvrait le film de Tati en jouant la fermière qui nourrit ses poules. Gérard Villate avait seize ans lors du tournage du film.

- Thérèse Lassaunière dont la mère possédait une ferme que Jaques Tati fréquentait quasi quotidiennement. Thérèse, âgée de vingt ans lors du tournage, joue la jeune femme au beau chapeau de la famille des Pigois qui se rendent en carriole à la fête.

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- Sophie Tatischeff me parle du travail de développement et de restauration que, grâce à Michel Boujut, elle put entreprendre avec François Ede sur le négatif couleurs retrouvé un beau jour de 1987 dans une cave de la maison des Tatischeff, à la Garenne Colombes.

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ELLE SERA COMPLÉTÉE DANS LE COURANT DU MOIS de septembre

Autres témoignages déjà en ligne...
Une histoire de chapeau racontée par Madame Thérèse Raveau qui joue la caissière du cinéma forain.
Une histoire de gâteau ...

Vous entendrez ainsi :
- Monsieur Pasquet qui joue dans la fanfare de Jour de Fête. Monsieur Pasquet, était lorsque je l’ai rencontré le dernier bouilleur de crû du village et il possédait de nombreuses archives du film
- le maire de Sainte- Sévère qui me conduit sur les chemins et routes empruntés par Jacques Tati pour son tournage
- Gisèle Lamy qui joue une jeune fille de Sainte-Sévère se rendant à la fête avec une amie.

J’avais également interrogée Sophie Tatischeff sur une exposition consacrée à Jacques Tati qui se tenait la FNAC.
Vous retrouverez bientôt dans les entretiens le beau fils d’Henri Marquet (scénariste et assistant de Tati), le maire de Sainte Sévère qui m’emmène sur les chemins pris par Tati pour le tournage.


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© Laura Laufer-J.Tati au Marembert -G. Vilatte

Retour sur son œuvre.
Jacques Tati, vers l’effacement du héros
Les figures de François le facteur puis de monsieur Hulot, toutes deux incarnées par Jacques Tati, révèlent le monde. François, le jeune facteur légèrement naïf de Jour de fête, témoigne du lien social que jouait la poste dans la société rurale de l’après-guerre. Le personnage de monsieur Hulot tend au spectateur une image miroir. Nous sommes Hulot et Hulot est un peu chacun de nous. Son monde nous est familier. Il pourrait être notre voisin, ami ou connaissance. Il n’est pas comique par lui-même et fait partie des "simples gens". Hulot, en vingt ans et quatre films, n’a pas vieilli dans son pantalon trop court et ses chaussettes rayées. Sa pipe, son imperméable, son parapluie, indémodables, sans âge ni éclat prolongent sa silhouette.

L’action des films où Hulot paraît désigne le conflit qui oppose l’individu au social, mais ne valorise pas pour autant l’individu comme héros sublimé. Monsieur Hulot, très sociable, est aussi très inadapté. Il révèle l’écart qui existe entre l’univers et une société qui s’édifie avec des normes inadéquates. Monsieur Hulot héros de quatre films n’en est pas la vedette et incarne un personnage qui tend à la dilution, à l’effacement. Il est l’emblème de l’individu que la société nivelle et standardise. Toute une galerie d’autres portraits prend vie dans les films de Tati, par petites touches, croqués ou esquissés, figures nombreuses, variées, ordinaires, telles que nous en voyons passer tous les jours dans notre vie.

LE TEMPS DES LOISIRS

Tati n’est pas un cinéaste à intrigue ou à scénario ; pourtant son cinéma a raconté une histoire, celle de notre temps. Tati est un témoin de notre société et du mode de vie occidental. Jour de Fête c’est la France libérée de l’après-guerre. Les Vacances de Monsieur Hulot et Mon Oncle ce sont les années gaulliennes. Playtime c’est l’avant-mai 68 où Tati voit déjà, sinistre et glaçant, le triomphe de la mondialisation. Cet artiste affirme l’humain contre la déshumanisation et pose de vraies questions de civilisation, de choix de société. Son cinéma en six longs métrages a pour sujet central le temps des loisirs. Les titres de ses films tels que Jour de Fête, Les vacances de Monsieur Hulot, Gai dimanche, Playtime... l’indiquent clairement. L’évolution des loisirs dans le monde contemporain permet de redéfinir la place du travail et la nature de la société, d’interroger le sens de la vie à travers ce que nous faisons de notre temps libre. L’oeuvre de Jacques Tati a pour sujet central l’articulation entre travail et loisir. Dans presque tous ses films, la fête, les loisirs viennent briser le cours monotone de la vie. Le cinéaste offre un court instant, le pouvoir de métamorphoser, par le ludique, la face triste du monde. Jacques Tati, dans l’art de faire rire, révèle la nature même du monde. Il est un poète précieux.

Si l’ordre revient après la fête et les loisirs dans ses films, c’est parce que son cinéma , au lieu d’affabuler, représente la réalité éphémère de ces moments de joie grappillés dans l’époque. Peu de films reflètent aussi nettement leur temps.

À partir des fragments épars du réel observé, Tati offre la création d’un monde aux délimitations spatiales très précises, dont la cohérence de ce qui y advient, invite à la critique.

Pour toutes ces raisons Tati traite de l’Histoire, de l’utopie. Il est un cinéaste politique.
Dans Jour de fête, Tati relie dialectiquement travail et loisir et montre comment ils interfèrent l’un sur l’autre. Ce film se veut résistance au modèle étatsunien du travail et à l’intensification de ce dernier.

Dans Les Vacances de monsieur Hulot, la gestion du temps libre est vue dans une satire sociale qui présente les vacances planifiées comme un labeur.

Mon Oncle oppose loisirs et travail confrontés ou exprimés en deux mondes nettement séparés dans la ville. D’un côté, le quartier populaire, de l’autre, le quartier des nouveaux riches : deux modes de vie, deux types de loisirs.

Playtime montre comment improviser, inventer, imaginer, reprendre les choses en mains dans un monde rigide où tout est marchandise. Nous y voyons le triomphe du mouvement et de la vie sur l’inorganique. Playtime invente la fête sous le béton.

Trafic entérine le fait que les marchandises produites (ici l’automobile) sont destinées aussi au loisir de masse. Gabegie et mauvaise planification du trafic gênent la circulation de la marchandise. On fabrique des objets qui partent à la casse, de même on jette, on licencie ceux qui les conçoivent. Hulot perd son travail alors même que le camping-car qu’il a créé pour le loisir sera vendu par son patron.

Parade affirme qu’au spectacle seul le collectif peut réunir artistes et public dans une création "interactive ". Le loisir exprimé dans le spectacle de cirque y est une affaire publique.

PRÉMONITOIRE
Avec la défense de l’écologie et de la qualité de la vie, Tati paraît moderne et prémonitoire. Le constat dressé par son oeuvre n’est pas optimiste sur l’avenir d’un monde qui s’uniformise sous pensée et environnement uniques. L’artiste dit avec lucidité et acuité que l’organisation du travail rentable contamine les loisirs et la qualité de la vie. "Time is business", dit-on en 1947 dans Jour de Fête comme dans Playtime en 1967. Dans ce dernier, un couple se donnait rendez-vous au "Quick" et l’homme arrivait en retard ! Depuis la sortie de Playtime, le fast-food Quick et le quartier d’affaires de La Défense ont vu le jour. Aujourd’hui Mc Donald est à chaque porte de Paris. Trente ans plus tard, marchandisation et américanisation du monde ont prolongé le cinéma de Tati. Vision prémonitoire.
Laura Laufer.-

Paru aux éditions de l’IF, Laura Laufer, Jacques Tati ou le temps des loisirs , 8 Euros.

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A LIRE

Essai d’un inventaire non-exhaustif de l’extraordinaire galerie de chapeaux qu’on peut voir dans Les Vacances de Monsieur Hulot par Laura Laufer
Extrait du livre Jacques Tati ou le temps des loisirs. Ed. de l’IF 2002.

Jacques Tati prend parfois des amateurs pour jouer dans ses films et apporte un soin considérable dans la construction de chaque détail. Geste, expression, costume, tout est précisément construit, pensé, ordonné pour créer un monde personnel qui tire son inspiration dans le paysage ordinaire du réel saisi à la loupe.
Ainsi font les plus grands cinéastes de John Ford à Jean Renoir chez qui le moindre petit rôle prend un relief extraordinaire.
Par exemple, chez Tati, à chacun son chapeau et le chapeau dit tout, la classe sociale, la fonction et le caractère.

Essai d’un inventaire non-exhaustif de l’extraordinaire galerie de chapeaux qu’on peut voir dans Les Vacances de Monsieur Hulot.
A lire ...

Monsieur Hulot porte un chapeau de toile beige ou gris. Ce galurin est généralement relevé derrière et baissé devant. Pour tenter d’éteindre le feu d’artifice, tous les bords de cette coiffe sont rabattus à la manière d’un casque de pompier.

Il achète le Daily Telegraph, déchire une page, la plie et s’en couvre le chef pour jouer au tennis.

Au bal, il arbore un foulard clair noué par derrière et un bandeau noir sur son œil de corsaire.

Dans le salon de l’hôtel, presque personne n’ôte son chapeau, sauf Hulot. Quelques clients le gardent pour manger. Réveillés la nuit par le feu d’artifice certains se ruent dans le salon, béret, bonnet, turban sur la tête.

L’Anglaise tient ses cheveux dans une résille de grosses mailles surmontée d’une visière. Elle dort la nuit avec un bonnet à rubans froncés.

Monsieur Schmutz porte une casquette rigide, blanche, ronde et courte derrière, à large visière transparente devant.

Le voisin de table de Monsieur Hulot au restaurant mange avec son béret noir qu’il ne quitte en aucune occasion.

Quoi de mieux, pour dire le grade du commandant à la retraite, qu’une casquette blanche à visière noire rehaussée d’une fine lisière blanche ?

Le vieux loup de mer qui dort affaissé dans un fauteuil du salon de Madame Dubreuil est coiffé d’une casquette noire de marin.

La dame au chien loulou est protégée de pied en cap par une coiffe mi-bonnet, mi-turban qui cache ses cheveux. Elle ne quitte jamais sa pèlerine imperméable au capuchon toujours baissé sur les épaules.

Du serre-tête accolé à une visière noire et large d’un fumeur de pipe, se dressent, épars, quelques courts cheveux en bataille.

Le Sud-Américain revêt un feutre mou pour faire ses adieux.

La dame austère porte sous sa veste aux revers stricts une robe boutonnée jusqu’aux pieds assortie au canotier à ganse noire nouée sur le devant.

Les chapeaux de paille pour hommes comme pour femmes sont innombrables. Ils diffèrent par les rubans larges ou minces, généreux ou chiches, souples ou serrés, clairs ou foncés, noués par devant ou par derrière en boucles variées et par les fonds ronds, plats, pointus.

Pour les joueuses de tennis : serre-tête, foulards ou turbans.

La casquette est de rigueur pour le pêcheur.

Le vendeur de journaux la porte aussi mais assortie à sa livrée.

La promeneuse change souvent de capelines qui toutes sont ornées de rubans. Son mari la suit toujours à distance respectable, coiffé d’un canotier à liseré noir.

Le ravissant petit béret clair et plat de Martine laisse deviner à l’arrière ses cheveux séparés d’une raie et sur les côtés ses macarons nattés qui rehaussent l’ovale de son joli visage.

Deux, trois enfants et quelques adultes revêtent pour le bal costumé déserté des chapeaux de fête en papier, hauts - de - forme, ronds, pointus ou pleins de panache.

Le trophée du chapeau le plus remarquable va sans nul doute à cette pensionnaire anglaise portant une incroyable capeline blanche de tulle, aux larges bords frangés et relevés asymétriquement par devant en éventail. Sans oublier le tyrolien, le tricorne, le galure orné d’une seule plume haute ou de plusieurs petites plumes basses...


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